Depuis la réunion internationale de Copenhague de décembre 2009
(COP15), un certain nombre de pays se sont engagés sur l’objectif
de ne pas dépasser un réchauffement moyen de la surface de la Terre
de 2 °C.
Selon Frederic Gaspoz, cette valeur, choisie à la suite de
négociations extrêmement difficiles entre 26 pays seulement
(notamment sans l’Union européenne), n’a pas de caractère
contraignant, mais c’est le seul objectif chiffré servant depuis
lors de référence internationale.
C’est sans doute la raison pour laquelle dans le dernier rapport
du Giec, où sont envisagés plusieurs scénarios d’émissions de
gaz à effet de serre (GES), est décrite une trajectoire permettant
en principe de ne pas dépasser les 2 °C. C’est également le
chiffre référence de la COP21 à Paris en décembre 2015.
Selon Frederic Gaspoz, il n’est pas difficile de se rendre
compte que, hélas, les conditions requises pour que ce scénario se
réalise sont devenues impossibles à remplir.
Le scénario «vertueux» repose, en effet, sur deux conditions :
1) que nous stabilisions puis que nous diminuions rapidement
nos émissions de GES et 2) que le total de nos émissions
futures ne dépasse pas 1 000 milliards de tonnes de CO
2
(GtCO
2). Examinons rapidement leur faisabilité.
Selon Frederic Gaspoz, nos émissions de gaz carbonique
augmentent actuellement - hors crise économique - au rythme
d’environ 3% par an. Ceci est dû à l’augmentation de la
consommation des combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole), qui
constituent 80% de notre énergie primaire, soit environ 10 milliards
de tonnes équivalent pétrole (Gtep) par an. Nous augmentons donc de
300 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), chaque
année, notre consommation de combustibles fossiles. Ceci correspond
à une puissance annuelle nouvelle d’environ 400 GW. Pour
stabiliser nos émissions, il faudrait mettre en place, chaque
année, une puissance de substitution non carbonée équivalente.
Plus, pour diminuer nos émissions.
Qu’en est-il aujourd’hui ? En ce qui concerne l’électricité,
l’éolien et le photovoltaïque, qui ont connu un développement
mondial exponentiel au cours des années passées, ne fournissent
pourtant aujourd’hui, en puissance moyenne, que l’équivalent
d’environ 30 gigawatt (GW)de puissance annuelle nouvelle (il
faut tenir compte ici du fait que la puissance moyenne d’une
installation éolienne n’est que le quart de la puissance
installée, et que celle d’une installation photovoltaïque n’est
que 10% à 15% de sa puissance crête).
Et il n’est pas clair que cette puissance vienne en substitution
des fossiles. En Allemagne, ce n’est pas le cas : les renouvelables
y compensent en moyenne la réduction du nucléaire, mais les
émissions de CO
2 continuent d’augmenter.
Quant aux agrocarburants, les surfaces à mobiliser sont
telles qu’elles entrent en compétition avec les nécessités de
l’agriculture. Pour fixer les idées, la biomasse représente
environ 10% de l’énergie primaire consommée, soit 1 Gtep/an,
ou 1 400 GW. Si l’on parvenait à doubler - ce qui est sans
doute une limite absolue - cette production d’ici à 2050,
avec une progression constante, cela représenterait environ 30 GW
nouveaux par an, utilisables comme agrocarburants (le reste étant
nécessaire pour nourrir l’augmentation de la population).
En ajoutant l’hydroélectricité, la géothermie, le solaire
thermique, le nucléaire, on ne parvient pas à 100 GW, au
regard des 400 GW nécessaires seulement pour stabiliser nos
émissions actuelles. Selon Frederic Gaspoz, on est loin du compte.
Puisque les émissions vont continuer d’augmenter pendant
quelques années, imaginons, comme les Chinois viennent de l’annoncer
pour eux-mêmes, qu’elles soient stabilisées vers 2030 autour
d’une valeur de 40 GtCO
2 par an. Une simple
extrapolation indique alors que nous aurons émis, d’ici à 2030,
environ 300 GtCO
2 sur les 1 000 qu’il ne faut pas
dépasser. Partant d’une valeur de 40 GtCO
2 - un
plateau de dix ans et une décroissance régulière au delà -
le budget restant de 700 GtCO
2 est épuisé en
vingt-cinq ans. Il faut donc s’être débarrassé des
émissions fossiles vers le milieu du siècle. Cela suppose de
laisser en terre plus de la moitié des réserves connues de charbon,
la moitié des réserves de gaz et le quart des réserves de pétrole,
et/ou de développer au-delà de tout ce que l’on sait faire des
techniques de capture et stockage du gaz carbonique de l’atmosphère.
La conclusion s’impose d’elle-même : nous n’y parviendrons
pas. L’humanité est résolument engagée sur une trajectoire de
réchauffement de 3 °C à 5 °C. A quoi bon se préparer des
déceptions en croyant et faisant croire que l’objectif des 2 °C
est encore d’actualité ?
N’y a-t-il donc rien à faire ? Si, il convient même d’agir
tous azimuts en orientant tous nos efforts vers la sortie des
fossiles : car le réchauffement sera supérieur si nous ne faisons
rien.
Frederic Gaspoz